L’homme perce-muraille

mur

Il faut le dire : je ne m’y attendais pas.
Moi, ça fait déjà des années que je suis une sorte d’amazone,
Seule, indépendante, autonome,
Le sein écorché, tenant à bout de bras, ma vie de maman et mes projets.
Agressive, enragée, l’arc tendu et braqué,
Sur tous les mâles qui oseraient s’approcher d’un peu trop près.
Celui-là, ça fait un moment que je l’avais remarqué,
Je trouvais étrange sa manière de se déplacer,
Doucement, sans trop se presser.
Il était pourtant dans ma ligne de mire, bien placé,
Je savais qu’il me mettait en danger,
Parce que sans se démonter il continuait d’avancer,
Malgré mes ultimatums et mes menaces, il arrivait,
Sans arme, les bras levés, presque dénudé.

Tapis dans la brousse des méandres de mes considérations, alors que je portais le regard agressif sur l’horizon, il s’est approché si près, que mon arsenal défensif est devenu obsolète. Je n’étais pas entrainée pour le corps à corps, surtout celui qui inclut l’âme. Je me suis un peu servie de lui, il s’est un peu servie de moi. J’ai fait ma fille de joie, il a répondu à ma soif. Et puis à force d’échanges corporels, il m’est devenu essentiel.

Et c’est un soir, lorsqu’il m’a prise dans ses bras, que j’ai perdu mes armes. Mes genoux se sont mis à trembler, j’étais pétrifiée. Je n’avais plus rien pour me protéger, je me sentais fragilisée. Sidérée par sa compassion, sa soudaine tendresse et son intérêt. Merde, ça voulait dire qu’il m’aimait !?

Panique à bord, première réaction : sourire gêné, sexe torride pour reconstruction progressive de la muraille de protection anti-invasion émotionnelle. C’est du sérieux ! Il ne pouvait pas détruire en quelques semaines ce que j’avais mis des années à méticuleusement aboutir. Pour qui se prenait-il ? Il fallait que je me cache, que je me protège. Surtout d’un homme constant et sûr de lui, qui serait capable de m’apporter ce dont j’ai besoin : quel toupet ! Chez moi les hommes s’en vont. Les hommes ne sont pas dignes de confiance. C’est ainsi que j’ai grandi, c’est ce qu’on m’a appris : un homme baise et puis s’enfuit.

Il l’a senti. Il m’a senti. Comment fait-il ? Comment entre-t-il ? Par où ? J’avais pourtant tout verrouillé. Enchainé. Barricadé. J’étais prisonnière dans ma tour de verre imaginaire qui devait être infranchissable. Enfermée dans ces images préconçues de la masculinité. Aujourd’hui l’amour est une guerre et il faut la gagner. Tu chopes ce que tu peux et tu te casses avec. C’est l’amour basket. Vite, vite. Sans se faire prendre. C’était ça ma vérité, avant lui.

Pourtant je l’avais choisi avec des tares. Exprès. Il était avec une autre. Il aurait dû se conduire comme un salop. Me faire miroiter et ne jamais me donner, ne jamais être là. Me faire souffrir et partir. Et en fait… il est venu. Là, devant moi, sans arme, sans agressivité, prêt à se livrer. J’ai commencé par lui céder deux trois trucs, histoire de voir s’il allait décamper. Je m’y suis attendue, j’ai observé, cherché la faille. Mais il est resté, sans jamais vouloir me posséder et m’annihiler.

Il s’est assis et il m’a souri.
Je l’ai rejoint et ma guerre semble finie.
Mais que vais-je faire de toute cette énergie ?

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