Plus précieux qu’un diamant

Plus précieux qu'un diamant

Je ne le connaissais quasiment pas.
On s’était vu que deux fois,
Il avait été vite, un coup de foudre m’a-t-il dit,
Moi j’étais sur la défensive.
Un jour, il m’a envoyé ça :

« Mordante.

Cela sent le cœur battant du plein été, quand je vois tout sourire cette jeune femme ouvrir la porte d’un immeuble. « Je n’ai pas d’eau chez moi en ce moment, viens me prendre chez une copine, ma cuisine est en travaux. » J’obtempère. Il faut traverser tout Paris, mais je n’ai vraiment rien d’autre à faire. Si on ne joue pas, on ne gagne pas. Assise derrière la moto qu’elle enfourche sans hésiter, elle se pose là. Visiblement, il faut s’amuser, et d’abord rouler. Dans ces cas-là, je réponds aisément, je m’adapte… Nous ne nous connaissons pas, je n’ai rien prévu, ni que faire, ni où aller. Il fait chaud, Paris est vide. Il faut parfois foncer un peu, et laisser place à l’improvisation. Cela me va. Parfois, tout peut être très simple. En plus, elle a vraiment du chien. Un truc qui peut mordre visiblement. Quelque chose d’à la fois très engageant et de tout à fait insoumis. J’aime ça.

Nous passons aux Tuileries. Les grands manèges d ‘été nous tendent les bras. C’est cela aussi la rencontre. Comme deux enfants dans le bac à sable. Il faut commencer par jouer pour faire connaissance. Nous jouons, pour rire. Nous rions beaucoup d’ailleurs ; surtout quand mon cœur monte et descend sur un manège horrible, qui visiblement ne lui fait rien. Derrière nous, une jeune fille est au bord de l’apoplexie.

Elle est brune, une bouche extraordinaire, un visage de meneuse de troupes, un vrai visage d’amazone, à faire pâlir le chef de guerre adverse. Une Cléopâtre contemporaine. Et quand autour d’un premier verre elle commence à me raconter son histoire, je m’embrouille dans les noms, les pays, les origines, les quart de sang par-ci, et par là. On sent que le métissage a pris, que le bouturage a été heureux. Mélangez-vous, par pitié, me dis-je en l’observant de plus près.

Et puis, verre après verre, elle se raconte. Le père, bien sûr. Difficile, défaillant. La mère, courageuse, héroïque. Et elle enfant du monde, ballottée, voyagée malgré elle, tiraillée, enfant-enjeu, enfant-objet, enfant-règlement-de-compte. Adulte, je la découvre happée dans un présent dont, pour en sortir, il faut là encore s’armer, et de patience, et de volonté. S’armer vraiment le cas échéant. Elle a la peau dure visiblement, et mène des combats bien violents, à son tour ; en attend d’autres. Voilà, j’ai traversé Paris, et je me trouve là. Je touche du doigt cette femme à ce moment de sa vie ; touchante, ce n’est pas le mot, c’est autre chose. Juste, dans son époque. Absolument contemporaine. Authentique. Mordante.

Difficile de trouver sa place d’homme face à elle. Nous en prenons pour notre grade, et c’est loin d’être illégitime. Je ne défends pas ma caste, non par lâcheté, mais parce que je nous sais défaillants par nature. Plus elle se raconte, plus elle m’en fournit les preuves ; mais plus elle parle aussi, plus j’ai envie de l’embrasser. Je ne sais plus très bien où nous sommes alors. Je sais juste que c’est l’été, que ni elle ni moi ne comptons plus ce que nous buvons. La suite n’est pas importante. Ma première impression était la bonne. J’avais raison : elle a du chien. Elle a mordu. »

Je suis restée scotchée devant mon ordinateur.
J’en ai eu les larmes aux yeux hey !
Je crois qu’on m’avait jamais écrit un truc aussi beau…
Un truc aussi sensible, aussi profond,
Je ne sais pas si on m’avait déjà écoutée comme il l’a fait,
D’aussi loin que je remonte, il y en a eu peu,
Si peu, et voilà, maintenant je m’en veux,
Merde pourquoi je tombe pas amoureuse des mecs comme ça ?!
Pourquoi je me coltine toujours les connards aussi beaufs que vicieux,
Qui se la pètent et pensent avec leur queue,
Qui n’ont aucune sensibilité,
Et qui trompent leurs gonzesses à tout va !
Pourquoi je cherche un gars qui dégouline de testostérone alors qu’en fait,
très vite, ça me dégoute tellement ça pue le mâle en chien,
Je ne sais pas.
Mais lui, il m’a touchée.
Bim, une flèche en plein cœur.
Alors, que les choses soient claires,
Même si je ne tombe jamais amoureuse de lui,
Ce mec restera toujours un très bon ami,
Non par un quelconque espoir d’une relation amoureuse,
Mais simplement parce que c’est un être bienveillant,
Et la bienveillance dans ce monde d’individualisme,
C’est plus rare et précieux qu’un diamant.

Nom de code : Yasmine

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