Vie-scéral

echo

C’est bientôt l’anniversaire.
Le pire des anniversaires,
Tous les ans au fond de moi.
Mon corps s’en souvient, j’en ai mal au bide, dans mes tripes,
Je parle de lui,
De cet enfant,
Qui aurait aujourd’hui deux ans.
Un petit mec. Je crois.
Je me souviens l’avoir senti,
Senti passer entre mes jambes,
Quand je l’ai avorté,
Dans le fin fond de la Hollande,
J’étais avec ma fille, elle avait deux ans elle aussi,
Ma mère m’accompagnait, elle.
Mon père me soutenait, lui.
L’autre, le géniteur, m’avais abandonnée,
Pour partir aux Antilles avec la nana de la boutique d’à côté,
Une vieille pouf pleine de tunes,
Lui, il faisait le gigolo,
Pendant que j’avortais de son fils, et que sa fille m’attendait,
Dans la pièce à côté,
J’avortais,
Dans des conditions que je n’ose pas évoquer.
J’étais enceinte de cinq mois.
Je le sentais bouger, chaque jour.
Je ne pouvais pas le garder,
Je n’avais pas un sou,
Je n’avais plus de maison,
J’avais une fille en bas âge,
Je n’avais plus de mec,
J’étais seule,
Le géniteur lui, n’a jamais rien payé de cette aventure,
Il savait pourtant,
Aucune excuse.
Jamais.
Rien.
Il avait juste disparut.
Il était allé chercher des clopes…
Et je ne le trouvais plus.
Je l’avais cherché. Attendu.
Je l’ai detesté, haï et pourtant je l’ai repris,
Un temps, après, mais je ne pouvais plus,
Je ne pouvais plus le laisser me toucher,
Je suis encore en colère contre lui,
Une colère viscérale,
Il n’a jamais réalisé, le mal qu’il m’avait fait,
Qu’il nous avait fait,
Il m’avait laissé, là, avec notre fille,
Et mon bidon qui s’arrondissait.
On n’avait plus rien à bouffer.
On devenait des crèves la dalle !
J’en faisais même les poubelles,
Pour avoir un semblant de quoi bouffer sur la table,
Et les poubelles à Marseilles, faut se battre pour les avoir,
C’était violent, bien trop pour moi,
J’ai tout plaqué, j’ai quitté cet endroit,
J’ai vidé mon ventre de la vie qu’il portait,
De la sienne.
Chaque année à la même période,
J’en pleure,
J’ai mal dedans,
Je rêve de lui.
Ma fille aussi me dit qu’elle a un petit frère,
Qu’il est parti.
Je le sens encore, ce petit bonhomme,
Que j’aimais déjà profondément,
Et je m’excuse tous les jours auprès de lui,
Parce que je n’ai pas eu la force de lui donner sa chance,
Parce que je n’ai pas eu la force de lui donner la vie.

Nom de code : Nona

2 commentaires

  1. Très beau et tellement dur à lire et que seule une femme peut comprendre que ce sont elles qui comme d’habitude encaissent les pires coups durs….Cette femme est très courageuse….

  2. Très beau, très triste, profondément touchant et bouleversant, comme tant d’histoires de femmes si fortes et si fragiles.
    Courage Nona.

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