La colère

Hier, l’écran de mon iphone explose. Je reprends celui que j’avais récupéré il y a six mois à mon ex, après qu’elle m’a quitté avec pertes et fracas ; ce jour-là, elle le réinitialise sous mes yeux et me le rend. Depuis il dormait dans un tiroir. Je le ressors, je le recharge, je réinstalle ios6. Tout beau tout neuf. J’entre mon code pin. J’attends, je vérifie mes contacts … ce sont les siens. Mes sms… ce sont les siens aussi. Ouh la… je me recule comme un chat devant un objet inconnu. Je tourne autour. Je le jauge. J’approche doucement mon doigt de l’icône sms… et je clique sur le dernier reçu, le jour de la séparation.
Fred : « Tu viens te blottir ? »
Rachel : « Non, mais c’est gentil mon petit chat ». Je remonte le temps.
13 juin : « Non petit chat, je peux pas, je suis avec la fille de Virgile. »

Coup de chaud. J’éteins l’écran. J’ai la nausée. Je me précipite aux toilettes, et je vomis. Je m’allonge, respire un grand coup. Voilà, ça y est ; ça va ; ça va aller. Je n’ai pas envie de pleurer. J’ai juste besoin d’air. Ou d’alcool. Ou de danser longtemps.

Une femme, celle pour qui j’avais baissé les armes, dont j’écoutais le moindre frisson pour la recouvrir quand elle avait froid, celle qui était l’amour, m’a trompé en me mentant avec aplomb, pendant qu’elle passait du temps avec mon enfant, et dans le même temps qu’elle me faisait prendre des billets pour nos vacances, et qu’elle me présentait sa famille. Il y a alors trois voies possibles : la loi du talion, la loi chrétienne, la loi bouddhiste. La première est un champ de ruines. La seconde, il ne faut pas pousser. La troisième ?

Je ne réagis pas « en homme ». Cette expression n’a aucun sens. Face à des agressions humiliantes qui touchent au cœur de notre intimité affective, nous réagissons en fonction de l’enfant en nous. Celui qui a pleuré quand la mère est sortie de la pièce ; ou quand il a appris que papa et maman ne s’aimaient plus. C’est l’image de notre visage dans l’eau, ce narcissisme construit parfois au forceps, qui se trouble. A la lecture de cette conversation adultérine par sms interposés, c’est bien mon reflet qui s’est brutalement morcelé. Qui suis-je ? Qui ai-je été pour m’être laissé joué ainsi ?

Mes émotions sont devant moi, dans mes mains. Je les mets à distance et je les observe. Ma tristesse d’abord, lente marée montante intérieure. Elle va se retirer. Il faut attendre. Tout n’est que flux et reflux. Le sensation d’injustice ensuite : celle-là est étrange. Elle redessine mon visage quand mes pensées s’y accrochent. Mes yeux s’ouvrent un peu plus. Ma bouche fait la moue. Ma mâchoire se sert davantage. Mes pensées se bloquent. Pourtant rien n’est vraiment injuste. Ni légalement, ni moralement. Personne ne m’appartient, ni mon enfant, ni mon amour, ni mon travail, ni mon Dieu. Ma colère enfin, qui fait suite à ma stupéfaction n’est pas non plus masculine ou féminine, ni ce que je vais en faire : c’est une réaction à vif qui veut rendre le coup reçu, le geste reflexe après la piqûre de la guêpe. Mais je dois réfléchir. Qu’ai-je à y gagner ? Avant-hier, tout allait bien. Depuis hier, je suis en colère. Je veux retrouver cet état d’avant l’incident, à l’époque où il n’existait pas. Ma colère est ma maison intérieure qui brûle. Si je cours après l’incendiaire, qui éteindra le feu en moi ?

Après seulement, j’irai lui cracher à la figure.

Virgile

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