« Je n’ai jamais réussi à pleurer »

A l’occasion des 40 ans de la loi Veil autorisant l’avortement, des femmes racontent leurs expèriences. Des témoignages anonymes et nécessaires, publiés chaque semaine sur Kroniqueuse de vies. Car, si l’IVG n’est pas un act anodin, c’est  un droit essentiel.

Mon premier avortement date de juillet 1999, j’avais 17 ans. Je sortais avec un garçon et je ne prenais pas la pilule. Il se retirait quand on couchait ensemble. Et puis un jour, j’ai eu les symptômes habituels : j’avais envie de vomir, j’ai gonflé. Bref, j’ai été au planning familial. Comme j’étais une mineure émancipée,  je n’ai pas eu besoin de prévenir qui que ce soit. Ça s’est passé… comme ça. Je ne me souviens pas de l’écho, ni de personnes qui m’ont fait ressentir quoi que ce soit de négatif. Curetage. Quand je me suis réveillée, il était là.

En sortant, j’ai pris la pilule et puis quelques mois plus tard, je suis retombée enceinte. Je me suis dit merde, je dois être faite pour faire des enfants, même sous pilule je tombe enceinte ! Cette fois-ci je l’ai gardé. Je ne voulais pas recommencer à avorter, je me sentais quand même coupable d’avoir « tué quelqu’un ». Le papa ne voulait pas que je le garde, il ne l’a pas reconnu. Je me suis retrouvée à la rue. Je suis rentrée chez ma mère mais je ne pouvais pas rester, il n’y avait pas de place et elle ne voulait pas vraiment que je reste. Elle disait que c’était « une connerie de plus ». Alors j’ai rencontré une assistante sociale pour entrer dans un foyer de jeune maman. Il y avait une crèche intégrée, c’était super ! J’ai réussi à obtenir une place. C’est une structure où tu es suivie par l’Aide Sociale à l’Enfance et les hommes ne viennent pas. Sauf pour des visites. Il venait nous voir quand même. Moi je n’allais pas chez sa mère. Elle était plus que violente avec moi elle me disait : « dégage avec ta batarde ! ». 2001, je retombe enceinte de lui. Anesthésie locale. Ils m’ont fait prendre un médicament et puis j’ai attendu mon tour. Lui a gardé notre enfant pendant ce temps-là. J’ai signé une décharge parce que je n’aurais pas dû sortir toute seule. Mais je n’avais personne. J’ai tout gardé pour moi. En sortant, j’ai pris un taxi. Même si j’avais mis une serviette, j’ai pissé le sang sur les sièges de la voiture. Heureusement que j’avais un pantalon noir…

J’ai repris une autre pilule et je suis retombée enceinte. Encore. Je voulais le quitter. Je me souviens qu’il était en colère et qu’il m’a frappé dans le ventre. Je suis partie et je me suis faite avorter. Encore. Par voie médicamenteuse cette fois-ci. A l’hôpital, ils m’ont donné une pilule et un pissoir. Dès que tu sens les contractions tu fais dedans et eux ils vérifient que c’est bien ça…  Je n’ai jamais réussi à pleurer. Il fallait continuer, pour mon enfant. Je venais d’apprendre que lui avait une autre nana et puis, on aurait eu quatre gosses ensemble… il n’est même pas capable de s’occuper d’un seul ! Moi, je continuais de bosser à côté. Fallait vivre, survivre. J’ai quitté le foyer, j’ai trouvé un appartement. Et puis en 2011… un accident de parcours avec l’homme qui est devenu mon compagnon. Mais je ne le connaissais que depuis un mois et demi. Il en a pleuré. De toute façon, je ne pouvais pas le garder, c’était une grossesse extra-utérine. Je n’avais pas le choix.

J’ai fini par remettre un stérilet notamment depuis que je suis en couple, et j’ai quand même fait une fausse couche. Le stérilet a bougé, ça s’est infecté et ça m’a donné une endométrite. Les contraceptifs, c’est vraiment de la merde ! Retour à l’hôpital… j’en ai marre. Franchement, en plus, je l’aurai gardé si j’avais pu. Les avortements, c’est terminé, j’en peux plus. J’ai élevé une fille, je n’ai pas peur d’élever un autre enfant. Même si je dois être seule de nouveau à le faire…

Aujourd’hui, je prends une pilule continue. J’ai quand même mes règles parfois et je préfère. Je n’aime pas quand je ne les ai pas, j’ai l’impression qu’on touche à ma féminité. Pour moi c’est important. Je n’ai jamais parlé de tout ça à ma mère. Pour aucun avortement, aucune intervention même pour la pilule ou le mode contraception ou les relations avec les hommes, rien. C’est comme ça.

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